Henri Meschonnic (1932-2009) est l'auteur d'une oeuvre considérable où poèmes, essais et traductions font le continu d'une théorie du langage et du rythme et d'une pratique d'écriture et de lecture pleines de vie l'une par l'autre. Ce blog offre simplement des documents à tous ceux qui de près ou de loin aimeraient continuer avec Henri Meschonnic.

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vendredi 24 octobre 2014

Henri Meschonnic, théoricien de la traduction

Collection / Série : Vertige de la langue
Date de parution: 14/10/2014

Prix de vente au public (TTC) : 35 €
308 pages ; 21 x 15 cm ; broché
ISBN 978-2-7056-8929-2
EAN 9782705689292


samedi 2 juin 2012

Le traducteur comme signifiant errant

Dans le carnet de recherche de Claire Placial, quelques remarques à propos d'un passage de Jona et le signifiant errant:
http://languesdefeu.hypotheses.org/209

lundi 17 octobre 2011

Traduire Henri Meschonnic en anglais: une conférence de P-P Boulanger à Montréal

DATE
Jeudi 20 octobre 2011
11:45 à 13:00

PRIX
Entrée libre

CONTACT
Sylvie Vandaele
sylvie.vandaele@umontreal.ca

LIEU
C-9019, 9e étage
3150, rue Jean-Brillant
Montréal, QC Canada
H3T 1T3 

514 343-6111
Site Web | Itinéraire et carte
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Consulté 35 fois
Traduire Henri Meschonnic en anglais
Conférence de Pier-Pascale Boulanger, Université Concordia
Ceux et celles qui se sont prêtés à la lecture des essais d’Henri Meschonnic en auront sans doute tiré une leçon de persévérance. Et pour cause : les phrases fleuves, la parataxe, les enfilades de virgules et les pronoms aux référents ambigus font tous obstacle à une lecture fluide et facile. J’ai traduit vers l’anglais l’essai Éthique et politique du traduire que Meschonnic a publié en 2007 en me heurtant à la question de la lisibilité et au dilemme qu’elle soulève. Fallait-il traduire Meschonnic contre lui-même en un « anglais correct », c’est dire fluide, et produire un contresens épistémologique de 175 pages? Ou fallait-il rendre sa parole, aussi disruptive soit-elle, au risque d’agacer le lectorat cible et de mettre en péril la réception de la traduction? J’expliquerai la stratégie que j’ai employée en guise de solution à ce casse-tête dans ma traduction Ethics and Politics of Translating (John Benjamins Publishing Co., 2011). Mon exposé portera sur les habitudes de lecture, la fixation sur la fluidité en traduction et les considérations éthiques qui s’imposent lorsqu’on cherche à concilier l’activité du texte et l’activité du lecteur.
La vidéo sera diffusée après la conférence.
http://www.calendrier.umontreal.ca/?com=detail&eID=73862

samedi 13 mars 2010

Le blog du CLUB DE TRADUCTORES LITERARIOS DE BUENOS AIRES

DOMINGO 7 DE FEBRERO DE 2010

Nuevo libro de Meschonnic traducido al castellano y publicado en la Argentina

De la intensa labor como traductor de Henri Meschonnic (París, 1932- Villejuif, 2009) quedan como verdaderos mojones sus trabajos sobre la Biblia, entre los que cabe mencionar Les Cinq Rouleaux (Le chant des chants, Ruth, Comme ou Les Lamentations, Paroles du Sage, Esther) (Gallimard, 1970), Jona et le signifiant errant (Gallimard, 1981), Gloires, traduction des psaumes (Desclée de Brouwer, 2001), Au commencement, traduction de la Genèse (Desclée de Brouwer, 2002),Les Noms, traduction de l’Exode (Desclée de Brouwer, 2003), Et il a appelé, traduction du Lévitique (Desclée de Brouwer, 2003), Pero Meschonnic fue además historiador y teórico de la lengua, así como ensayista y poeta. De hecho, en numerosos ensayos unió estas dos últimas pasiones, constituyéndose en un pensador insoslayable a la hora de teorizar sobre la poesía. Por lo tanto, la publicación en la Argentina de Un golpe bíblico a la filosofía (en traducción de Alberto Sucasas), La poética como crítica del sentido y recientemente de Etica y polìtica del traducir (estos dos últimos en traducción de Hugo Savino) resulta un acontecimiento de la mayor importancia. Así lo vio la poeta, ensayista y traductora Sara Cohen, quien publicó el sábado 6 de febrero de este año el siguiente comentario en la revista Ñ acerca del último libro citado, lanzado por la editorial Leviatán.

Henri Meschonnic y un aire nuevo
acerca del tema de la traducción

Poeta, traductor, ensayista y crítico polémico dentro del ámbito literario francés, Henri Meschonnic fallecido el 8 de abril de 2009 a la edad de 76 años, hizo del tema de la traducción algo central para saber de qué hablamos al hablar del poema. Escribió: “Lo que muestra la historia de la traducción, la historia de los poemas, la historia de los grandes poemas, es que la identidad no se opone a la alteridad, sino que la identidad sólo adviene por la alteridad.”, y su teoría del lenguaje articula poética, ética y política. Llama poema a aquello capaz de transformar una forma de vida por una forma de lenguaje y transformar una forma de lenguaje por una forma de vida. El autor considera inseparables vida humana y lenguaje. El sujeto del poema deviene la subjetivación máxima de un sistema de discurso, la invención de una especificidad y de una historicidad.

Hijo de padres judíos rusos que llegan de Besarabia a Francia en 1924, Meschonnic debe refugiarse en zona libre, a los 12 años, durante la guerra. Aprende el hebreo como autodidacta, a los 27 años, durante la guerra de Argelia y luego retraduce la Biblia al francés. El texto bíblico abre a la reflexión del traducir y para el poeta el traducir implica el desafío de transformar toda la teoría del lenguaje.

Publica estudios muy críticos sobre la obra de Blanchot y acerca de la mayoría de los poetas contemporáneos franceses. Pero a quien denuncia con más fuerza es al filósofo Martin Heidegger de quien sostiene que su pensamiento y lenguaje eran inseparables de su compromiso nazi.

Ética y política del traducir, traducido por Hugo Savino, un conocedor de la obra de Meschonnic, se vuelve un libro indispensable por el modo en el que el autor articula el tema de la traducción. Si lo que hay que traducir es aquello que un texto le hace a su lengua, es indudable que el traducir desempeña un lugar sustancial en la teoría del lenguaje.

Meschonnic argumenta discutiéndole a otros, y de esa polémica habría que subrayar algunos temas fundamentales para él. Sostiene que no son las lenguas las que son maternas, sino las obras las que lo son. No es el hebreo el que hizo la Biblia sino la Biblia la que hizo el hebreo. Ejerce una crítica encarnizada a un tipo de traducción, que para él es habitual, que denomina borrante, hecha en el marco del signo. Por el contrario, con mucha sabiduría, el autor hace hincapié en un continuo, el ritmo. “Porque no se traduce una lengua, sino lo que un poema le hace a su lengua, por consiguiente hay que inventar en la lengua de llegada equivalencias de discurso: prosodia por prosodia, metáfora por metáfora, calambur por calambur, ritmo por ritmo.”, dice Meschonnic desde una posición que es inherente a una ética que no borre diferencias, que sacuda al lenguaje y permita pensar la identidad desde el lugar más privilegiado de un sistema de discurso, ahí donde emerge un sujeto del poema.
Jorge Fonderbrider, poète et traducteur argentin

mercredi 17 février 2010

Embibler, taamiser avec les premiers gestes d'Au Commencement














Laurent Mourey "Embibler, taamiser avec les premiers gestes d'Au Commencement" dans B. Bonhomme et M. Symington (éds.), Le Rêve et la ruse dans la traduction de poésie, Paris : Honoré Champion, 2008, p. 109-130.

La traduction comme poème-relation avec Henri Meschonnic








« La traduction comme poème-relation avec Henri Meschonnic » dans B. Bonhomme et M. Symington (éds.), Le Rêve et la ruse dans la traduction de poésie, Paris : Honoré Champion, 2008, p. 131-143.

lundi 25 janvier 2010

Septet n° 2 en hommage à HM

Le numéro 2 de la Revue SEPTET en hommage à Henri MESCHONNIC, Traduction et philosophie du langage, vient de paraître.

EDITIONS ANAGRAMMES

REVUE SEPTET

Société d’Études des Pratiques et Théories en Traduction

(Siège social : Université de Strasbourg)

http://septet.u-strasbg.fr

N°2 Des mots aux actes

en hommage à Henri Meschonnic

Traduction et Philosophie du Langage

Sous la direction de Florence Lautel-Ribstein, Présidente de SEPTET

& Camille Fort, Rédactrice-en-Chef de la revue

Avant-propos Camille FORT

Introduction Michel MOREL

Hommage à Henri Meschonnic par Jean-René LADMIRAL

L’enjeu du traduire pour la théorie du langage par Henri MESCHONNIC

Traduction et philosophie par Jean-René LADMIRAL

Traduction, empirisme, éthique par Lawrence VENUTI

Translation as Interpretation par Jean-Jacques LECERCLE

Understanding the Ethics of Alterity par James ARCHIBALD

Walter Benjamin : « La tâche du traducteur », la Reine Sprache et la mystique juive du langage par Francine KAUFMANN

Éloge de l’étranger : Friedrich Schleiermacher en perspectivepar Nadia D’AMELIO

La fidélité par le truchement métalinguistique par Françoise WUILMART

Représentation et traduction : le réalisme en question par Yvon KEROMNES

The Myriad Voices of The Divine Comedy: Its Chinese and European Translations par Laurence WONG

Poète versus linguiste : entre la part de rêve de l’un et le désir de réalité de l'autre, quelle voie pour la traduction ? par Véronique ALEXANDRE JOURNEAU

La liberté du traducteur et la fidélité au texte poétique :

quelques visées philosophiques sur la traduction des poésies de langues asiatiques par Julie BROCK

Moi et Corps/Esprit/Monde : quatre concepts philosophiques du langage de Paul Valéry et leur traduction contextuelle allemande par Jürgen SCHMIDTRADEFELDT

La question de la traduction au Japon ou comment traduire en japonais le mot-clef du valérysme "Esprit" par Kunio TSUNEKAWA

Le Cimetière marin en espagnol : entre traduction(s) poétique et /ou philosophique par Monique ALLAINCASTRILLO

--------------------------------------BULLETIN DE COMMANDE-------------------------------------

Parution en juillet 2009. 452 pages. Prix de vente : 32 € (frais de port compris).

Règlement par chèque à l’ordre de SEPTET ou pour l’étranger par virement bancaire sur le

compte de SEPTET :

Titulaire du compte : ASS SEPTET

Banque Populaire de Lorraine Champagne

Agence : METZ CLERCS (00024)

Code Banque 14707

No de compte 02419029281

Clé RIB 63

IBAN FR76 1470 7000 2402 4190 2928 163

BIC / SWIFT BPLMFR2M)

à adresser accompagné de ce bulletin à la Secrétaire de SEPTET :

Emilie FAIVRE, 41, rue Lamendin, 62580 Givenchy-en-Gohelle

Nom et Prénom :

Adresse :

Téléphone : Courriel :


http://septet.u-strasbg.fr/stuff/SEPTET%20annonce%20Revue%202%20Traduction%20et%20philosophie%20du%20langage.pdf

SEPTET

Société d’Etudes des Pratiques et Théories en Traduction
Société de spécialité SAES
Comité scientifique (ordre alphabétique)
France
Yves BONNEFOY (Collège de France)
Jean-Jacques CHARDIN (Université de Strasbourg)
Yves CHEVREL (Université de Paris IV-Sorbonne)
Jean-Michel DEPRATS (Université de Paris Ouest-Nanterre-La Défense)
Claire JOUBERT (Université de Paris VIII)
Jean-René LADMIRAL (Université de Paris Ouest-Nanterre-La Défense et ISIT-Paris)
Jean-Jacques LECERCLE (Université de Paris Ouest-Nanterre-La Défense)
Jean-Yves MASSON (Université de Paris IV-Sorbonne)
Henri MESCHONNIC
(Université de Paris VIII)

samedi 23 janvier 2010

Henri Meschonnic et sa traduction de la Bible

Henri Meschonnic et sa traduction de la Bible

Par David BANON

(dans Information juive Extrait du N°289 - Avril 2009)

Notre ami Henri Meschonnic est mort le 8 avril des suites d'une leucémie. C'était un homme gai, généreux et enthousiaste. De nombreuses études seront sans doute consacrées à son oeuvre de poète, de linguiste, d'essayiste. Dans l'article qui suit David Banon qui fut un de ses amis rend hommage à la mémoire du poète et se penche sur la traduction qu'il a faite ces dernières années du Pentateuque.

Au moment où l'on m'a annoncé la triste nouvelle du décès d'Henri Meschonnic, de nombreux souvenirs sont remontés à la mémoire. Et d'abord celui de notre première rencontre, le jour de ma soutenance. Des yeux mobiles et vifs qui cherchaient à aller au-delà de l'apparence pour sonder l'être, un sourire franc qui illuminait le visage, une tignasse à la Ben Gourion qui lui donnait un air de yéchiva bouher et cette voix douce mais non complaisante qui, telle un radar, détectait les lacunes du travail...

Avec les deux autres grosses pointures du monde académique, Emmanuel Levinas et George Steiner, ils m'avaient soumis à un feu nourri de questions pendant plus de quatre heures. J'essayais de me défendre de mon mieux. J'eus même l'audace d'émettre une critique. J'ai alors entendu Meschonnic souffler à Levinas la remarque suivante " ce jeunot veut nous apprendre notre métier. " Ce que j'ai qualifié d'audace était, en fait, de l'insouciance, voire de l'insolence. Je l'appris à mes dépens lorsque avec le temps j'ai découvert l'ampleur de l'oeuvre d'Henri Meschonnic. Une entreprise monumentale, pour une fois l'adjectif s'impose.

Linguiste hors pair, polyglotte, traducteur, essayiste redoutable, poète, philosophe et écrivain au sty- le alerte et inimitable, il était tout cela à la fois. Dans ce monde où règne le cloisonnement des spécialités, Meschonnic détonait par son aptitude à embrasser de multiples domaines des sciences humaines et à les maîtriser. Une sorte d'humaniste de la Renaissance. Il n'hésitait pas à se lancer dans des projets grandioses qui requièrent plus d'une vie. Ainsi sa traduction de la Bible.

Ce n'est pas une traduction-annexion. Celle qui transporte l'hébreu biblique vers le français, la langue d'arrivée, en effaçant tout ce qui caractérise la langue de départ. Ni celle du mouvement inverse, une traduction-calque, qui se donne comme l'effort d'amener l'hébreu au lecteur français au prix d'une violation de la langue française.

Meschonnic rejette dos-à-dos ces deux pôles de la traduction qui occultent le signifiant au détriment du signifié - envahissant tout, prenant toute la place. Il privilégie non pas une transposition de sens à sens ou une translation de langue à langue, mais un rapport. " Non plus un transport, mais un rapport(1). " qui conduit à un décentrement textuel et culturel accordant le primat non pas à l'étymologisme ou à la signification mais à la poétique dans le sens de fonctionnement du texte : à l'architecture des versets, à leur structuration, à leur signifiance tout en faisant passer dans le français des tour[nure]s de l'hébreu.

Pour ce faire, il ne traduit pas le sens des mots. Il ne prend pas le parti du signe qui est duel, binaire, discontinu. Il ne traduit pas chaque mot selon son sens. Un après l'autre. Ni même un verset après l'autre. Il adopte le parti pris du discours, du texte, de l'ensemble, du continu. Car la Bible est un ensemble, un livre unique, et elle gagne à être éprouvée comme tel.

On l'aura compris, ce n'est pas une traduction littérale. Une version mot-à mot. Ou selon le néologisme créé par Meschonnic une traduction qui “motamotise”(2). Il dépasse, cela va sans dire, le choix qui s'offrait aux scolastiques et qui les a divisés : ni ad verbum, ni ad sensum. Ni les mots, ni le sens. Là, l'unité du langage n'est pas le mot-fût-il reconduit à sa racine et aux indications fournies par ses dérivations au sein d'autres passages-mais le verset qui est plus qu'une partie du discours ou une lexie. “L'unité du langage dans la Bible c'est le verset. C'est dire qu'elle n'est pas grammaticale. Ce n'est pas la phrase, c'est le verset et le verset est une unité rythmique.(3)” D'ailleurs verset se dit, en hébreu, passouq qui signifie “coupé”. L'accent ou ta'am qui marque la fin du verset s'appelle sof passouq, fin de verset. Le rythme est donc bien ici l'organisateur du discours, du texte. C'est pourquoi cette traduction “donne à entendre l'hébreu du poème et le poème de l'hébreu(4)”. En quoi faisant ? “En rendant le texte massorétique scrupuleusement” C'est-à-dire “rythmiquement, syntaxiquement, prosodiquement ( 5)“. Au demeurant, cette restitution désacralise le texte biblique, le “débondieuse”, (encore un néologisme de Meschonnic). “Débondieuser n'est pas un sacrilège… c'est peut-être même plutôt rendre leur force à ces textes”(6). Par le biais de la rythmique.

C'est un système extrêmement codifié, hiérarchisé, d'accents disjonctifs /conjonctifs. Le jeu de ces accents, appelés té'amim -gustèmes ou rythmèmes-peut ramasser des termes dont le rapprochement est un élément du sens, comme la séparation est un élément de leur sens.

Le trait de génie de Meschonnic est d'avoir rendu la complexité de ce système rythmique, qu'on limite faussement à la cantilation, par des blancs internes au verset. De l'avoir matérialisé par la typographie. D'avoir recréé par les blancs, les silences du texte, sa respiration, et le rythme qu'on lui imprime pour organiser la lecture publique. Et, par là même, d'avoir dégagé les unités logiques et sémantiques du verset. Avec la césure (le atnah : la pause) qui partage le verset en deux parties pouvant être égales ou inégales. Césure marquée par un alinéa intérieur au verset. Ce sont donc les blancs qui jouent le rôle de ponctuation. Qui restituent ce que le poète et bibliste Gerard Manley Hopkins appelle “le mouvement de la parole dans l'écriture”. Qui marquent les pauses, balisent la lecture et conduisent déjà sur la route du sens.

La typographie visualise l'oralité. Dimension juive par excellence de la Bible appelée miqra : lecture. Ou mieux énonciation. Effectuée par un sujet vivant, présent. Elle est à distinguer, par conséquent, du récit et de l'énoncé qui éliminent le sujet. Comme si elle cherchait à obliger le lecteur à lire le texte à voix haute. Ce récitatif est la trace d'une oralité première que Meschonnic souligne avec insistance. L'énonciation ou récitatif est une poétique-c'est-à-dire une modalité de fonctionnement du texte hébreu.

Et Meschonnic n'est pas seulement attentif à ce système qu'il est le premier et le seul à intégrer à la traduction. Il ne néglige aucun détail du texte massorétique. C'est ainsi qu'il rend tous les " et/vé " qui sont généralement escamotés, non seulement parce qu'ils sont logiques ou grammaticaux, mais surtout, parce qu'ils sont rythmiques. De même que les expressions idiomatiques. Et les temps auxquels il veille soigneusement. Plus exactement les aspects : l'accompli, l'inaccompli et le participe présent qui sont les "temps" de l'hébreu biblique. Sans oublier les valeurs des mots : les significations qu'ils acquièrent dans leurs différents contextes.

Malgré ses dénégations et sa volonté de se tenir à distance de l'exégèse rabbinique et de l'herméneutique en général, dénégations qu'il ne cessait de répéter dans sa correspondance, il utilisait très judicieusement les commentaires de Rachi pour la sémantique et ceux d'Abraham Ibn Ezra pour la syntaxe. Ses notes y renvoient à chaque difficulté.

Pour toutes ces raisons, nous sommes reconnaissants à Henri Meschonnic d'avoir ouvert la brèche afin de faire entendre dans le monde académique le signifiant juif qui en a été excommunié. Nous sommes un certain nombre à nous y être engouffrés en essayant de poursuivre la tâche...avec nos moyens.
Puissions-nous être à la hauteur.

(1) Jona et le signifiant errant, Gallimard,
Paris, 1981, p.38
(2) Gloires. Traduction des Psaumes, DDB,
Paris, 2001, p.18 ; voir aussi Un coup de Bible
dans la philosophie, op. cit., p.175.
(3) Un coup de Bible dans la philosophie, op.
cit., p.237
(4) Gloires, p.42
(5) Gloires, p.38
(6) Gloires, p. 20