Henri Meschonnic (1932-2009) est l'auteur d'une oeuvre considérable où poèmes, essais et traductions font le continu d'une théorie du langage et du rythme et d'une pratique d'écriture et de lecture pleines de vie l'une par l'autre. Ce blog offre simplement des documents à tous ceux qui de près ou de loin aimeraient continuer avec Henri Meschonnic.

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mercredi 12 septembre 2012

Le rythme critique d’Henri Meschonnic

Maïté Snauwaert, "Le rythme critique d’Henri Meschonnic", Acta Fabula, Dossier critique : "En rythme", URL : http://www.fabula.org/revue/document7129.php
A l'occasion de la reprise en poche de:

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un important texte dont je donne ici le début (pour la lire la suite, il faut cliquer sur le lien ci-dessus):

Henri Meschonnic a cinquante ans lorsqu’il fait paraître Critique du rythme. Anthropologie historique du langage en 1982. Il a déjà publié chez Gallimard les cinq tomes de Pour la poétique (1970‑1978), Le Signe et le Poème (1975), deux traductions de la Bible : Les Cinq Rouleaux (1970) et Jona et le signifiant errant (1981), et trois recueils de poèmes : Dédicaces proverbes (1972), Dans nos recommencements (1976), Légendaire chaque jour (1979). Critique du rythme paraît en 1982 chez Verdier dans un grand format de 713 pages ; il est réédité en format de poche en 2009 par le même éditeur et dans la même pagination. Cette réédition remet au jour, près de trente ans après sa première publication et peu de temps avant le décès de son auteur (disparu en avril de la même année), le texte considéré comme central de celui‑ci et l’un des textes majeurs de la pensée française d’après le structuralisme.
Ce livre s’inscrit plutôt au début d’une œuvre qui s’étend sur quarante ans, compte plus de cinquante livres, incluant une dizaine de recueils de poèmes. Il s’agit d’une œuvre triple : œuvre de théorie, de poésie et de traduction, qui ne se conçoit pas selon des genres distincts mais comme le chemin, à travers des occurrences chaque fois spécifiques et qui s’interrogent mutuellement, d’une même pratique. « La théorie ne peut être issue que d’une pratique, commençait Pour la poétique. Les propositions tentées ici ne doivent pas se lire indépendamment de l’épreuve où la théorie s’est faite et continue à se faire », à savoir « [t]héorie, lecture, traductions et poèmes » qui « se veulent une seule pratique et théorie de l’écriture, non un art, mais un langage qui tende une pratique du continu vers une pensée du continu1. » C’est là l’historicité de cette œuvre : chaque nouvel opus vient entériner et dire à nouveau ce dont elle est l’épreuve et la démonstration ; chaque livre recommence à neuf ce qui n’a jamais fini de se dire. C’est pourquoi elle se réclame d’une historicité « radicale2 », qui se constitue comme principe premier et fondamental de tout discours, et pourquoi elle vise ultimement à faire se rejoindre les théories du langage et de l’histoire en « une même théorie3 ». C’est ce qui fait aussi son efficace, réalisant ce qu’elle préconise : créer un continu entre la théorie comme activité de recherche et la poésie comme maximalisation du rapport entre le langage et la vie.
Critique du rythme marque un moment de cette pensée. Publié au lendemain de la grande époque structuraliste, il fait la critique de son temps et rassemble avec force et visibilité les enjeux que son auteur s’efforce de démontrer depuis dix ans. Sa particularité est que le rythme y devient un élément central, opérateur de subjectivité et d’historicité, à même de contrer la logique du signe en plaçant, à la suite de Benveniste, le langage au cœur de la définition humaine. Bien qu’il ait été suivi de nombreux autres, l’ouvrage reste peut‑être le parangon de cette aventure intellectuelle originale.

jeudi 6 septembre 2012

Relire Critique du rythme (1982) en 2012

« Relire Critique du rythme (1982) en 2012 », Triages n° 24, Saint-Benoît-du-Sault, éditions Tarabuste, p. 123-128.
Un article de Serge Martin qu'on peut retrouver à cette adresse :
http://martin-ritman-biblio.blogspot.fr/2012/09/relire-critique-du-rythme-en-2012.html

mercredi 20 janvier 2010

Une notice sur HM signée Francis Jacques


Cet article rédigé par Francis Jacques (né en 1934) provient de l’Encyclopédie philosophique universelle, III : les œuvres philosophiques, tome 2 (sous la dir. de Jean-François Mattéi), Paris, PUF, 1992.


MESCHONNIC Henri né en 1932 Né à Paris en 1932. On ne peut séparer l’activité du poète de celle du traducteur et du théoricien du langage. Depuis les premières recherches de lexicologie et de lexicographie où il collabore au Dictionnaire du français contemporain (1967), et le travail empirique (toujours en cours) de traducteur de la Bible : Les Cinq rouleaux (1970) Jona et le signifiant errant (1981), Henri Meschonnic mène de front une aventure poétique – cinq livres de poèmes jusqu’ici, dontDédicaces, proverbes (1972), prix Max Jacob, Voyageurs de la voix (1985, prix Mallarmé –, une réflexion sur la théorie de la littérature par l’analyse des textes et une élaboration originale en théorie de la traduction dans les cinq volumes de Pour la poétique (1970-1978). C’est ici que ce professeur de linguistique à l’Université de Paris-VIII qui a dirigé plusieurs numéros spéciaux de revues, dont Langue française (no 51, 1981) sur la traduction, rencontre les textes philosophiques, singulièrement ceux de Humboldt. Après avoir montré la nécessité de recourir à la poétique pour les traduire, Meschonnic s’interroge sur l’implication réciproque entre la théorie de la littérature et la théorie du langage. En 1975, il publie Le signe et le poème qui aborde ainsi une critique bien personnelle du statut du langage en philosophie et dans les sciences sociales.

Critique du rythme. Anthropologie historique du langage 1982

Ce livre opère une double critique de la théorie du signe et de la notion traditionnelle de rythme. Un de ses apports nouveaux à la théorie du langage concerne le rappel de la voix et de l’oralité, qu’il étend à la considération du rythme. Henri Meschonnic, dans la continuité de Humboldt et selon des suggestions restées vagues chez Benveniste, propose une nouvelle conception du rythme comme organisation du sujet dans le discours et paramètre essentiel de l’historicité discursive. L’auteur part de la notion de rythme chez Héraclite comme organisation du mouvant, au lieu de la notion d’alternance régulière et de symétrie, mise en place par Platon. L’application de la continuité au discours permet de renouveler tant le sujet que le discours. Ce déplacement notionnel touche à l’ensemble des présupposés du sens, selon Meschonnic, en histoire, sociologie et psychanalyse. L’analyse en chaîne ainsi entamée se veut une réponse critique de l’École de Francfort. Elle élabore une pensée du continu des rapports entre langage et culture, langage ordinaire et littérature, individu et société, à l’inverse de la pensée discontinuiste du signe aggravée par le structuralisme et la sémiotique. A travers des analyses concrètes qui empruntent à plusieurs domaines culturels, s’expose d’une manière organique (à la différence d’autres tentatives plus éclectiques comme celle d’Habermas) la tâche d’une anthropologie de la voix, de l’oralité. Celle-ci donne son amplitude éthico-politique maximale à la théorie du langage dans la société.

La théorie du langage pour Henri Meschonnic passe donc par une critique du structuralisme et de la sémiotique. Comme Benveniste, il opère une relecture de Saussure. Mais ici l’arbitraire du signe apparaît comme historicité radicale du discours. A lire “ La nature dans la voix ”, qui introduit sa réédition au Dictionnaire des onomatopées de Charles Nodier, on s’aperçoit que Meschonnic tire systématiquement les conséquences épistémologiques du rapport entre la notion de discours et la notion de rythme comme organisation du sujet parlant.

(F. Jacques)

u Pour la poétique I, Paris. Gallimard, 1970. — Les Cinq rouleaux (Le chant des chants, Ruth, Comme ou Les Lamentations, Paroles du Sage, Esther), trad. de l’hébreu, Paris, Gallimard, 1970. — Dédicaces, proverbes (poèmes), Paris, Gallimard, 1972. — Pour la poétique II : Épistémologie de l’écriture, Poétique de la traduction, Paris, Gallimard, 1973. — Pour la poétique III : Une parole écriture, Paris, Gallimard, 1973. — Le signe et le poème, Paris, Gallimard, 1975. — Dans nos recommencements (poèmes), Paris, Gallimard, 1976. — Pour la poétique IV Écrire Hugo, Paris, Gallimard, 2 vol., 1977. — Pour la poétique V : Poésie sans réponse, Paris, Gallimard, 1978. — Légendaire chaque jour, Paris, Gallimard, 1979. — Jona et le signifiant errant, Paris, Gallimard, 1981. — Critique du rythme. Anthropologie historique du langage, Paris, Verdier, 1982. — “ La nature dans la voix ”, intr. à C. Nodier, Dictionnaire raisonné des onomatopées françaises, Paris, Éditions Trans-Europ-Repress, 1984. —Voyageurs de la voix (poèmes), Paris, Verdier, 1985. — Les états de la poétique, Paris, puf, 1985. — “ Mallarmé au-delà du silence ”, intr. à Mallarmé, Écrits sur le livre, Paris, Éditions de l’Éclat, 1986. - Le langage Heidegger, Paris, puf, 1990.

l “ Rencontre avec Henri Meschonnic ”, Les Cahiers de Poésie-Rencontre, no 14-15, sept. 1985.

Critique du rythme en poche depuis un an...


Henri Meschonnic, Critique du rythme. Anthropologie historique du langage

Lagrasse, Verdier, coll. "Verdier Poche", 2009, 736 p.


ISBN : 978-2-86432-565-9


Prix : 18,50 €


Présentation de l'éditeur :


Le rythme est l'utopie du sens. C'est à partir de l'absence du rythme dans le sens et du sens dans le rythme, dans notre culture du langage, que ce livre essaie de fonder une théorie nouvelle du rythme.
L'enjeu dépasse de beaucoup l'histoire et la théorie des pratiques littéraires, où la poésie reste le lieu le plus vulnérable et le plus révélateur de ce qu'une société fait de l'individu. Dans la mesure où cet enjeu engage tout le langage, il engage tout le sujet, tous les sujets, et c'est pourquoi, à travers les problèmes traversés, comme celui du rapport entre le langage et la musique, celui de la voix et de la diction ou de la typographie, à travers les stratégies analysées, de la métrique à la psychanalyse, de la linguistique à la philosophie, jusque dans ses aspects techniques, la théorie du rythme est, au sens le plus large, politique.
C'est un parcours critique des sciences humaines. Traversant leurs lacunes, ce livre esquisse une nouvelle manière de travailler leurs rapports. Dans un aller retour constant entre l'analyse des textes et la recherche des concepts, il confronte principalement les domaines français, anglais, allemand, russe, espagnol, hébreu, arabe.
Il s'adresse à tous ceux qui s'intéressent au langage. Car il déborde l'érudition pour montrer l'aventure.


Url de référence :
http://www.editions-verdier.fr/v3/oeuvre-critiquerythme.html