Henri Meschonnic (1932-2009) est l'auteur d'une oeuvre considérable où poèmes, essais et traductions font le continu d'une théorie du langage et du rythme et d'une pratique d'écriture et de lecture pleines de vie l'une par l'autre. Ce blog offre simplement des documents à tous ceux qui de près ou de loin aimeraient continuer avec Henri Meschonnic.

jeudi 27 décembre 2012

Un dossier "Henri Meschonnic" dans une revue critique italienne de langue française

Un important dossier réuni par Marcella Leopizzi de l'Université de Bari dans la revue Studi di letteratura Francese.



Le sommaire :



Un beau dossier iconographique proposé par Régine Blaig qui se donne pour "objectif" concernant le travail, vie et oeuvre, d'Henri Meschonnic de "le garder présent au présent". Elle y donne d'abord quelques précisions concernant la réalisation de Langage histoire une même théorie paru chez Verdier dans sa préparation après qu'Henri Meschonnic lui a dit "un jour de décembre 2008" : "Tiens c'est pour toi". Elle y donne ensuite, avec des photographies très touchantes, la description de "la construction du livre" par Meschonnic où on le voit étaler ses notes et monter son livre... 


samedi 17 novembre 2012

Les ouvrages d'Henri Meshonnic aux éditions Gallimard

Les éditions Gallimard viennent de modifier leur site. Des améliorations appréciables qui permettent de trouver facilement tous les ouvrages d'Henri Meschonnic aux éditions Gallimard présentés sur cette page :
http://www.gallimard.fr/Contributeurs/Henri-Meschonnic
On obtient quelques titres supplémentaires à cette adresse (avec des classements par collection, par contributions, genres...) :
http://www.gallimard.fr/searchinternet/advanced?all_title=Henri+Meschonnic&SearchAction=1&SearchAction=ok

mercredi 7 novembre 2012

Arrêts sur images (Gérard Noiret à propos de "Langage histoire une même théorie")

Dans le dernier numéro (n° 8, novembre 2012) de la revue en ligne Secousse, un article de Gérard Noiret lisant sous forme d'entrées impliquantes le dernier essai d'Henri Meschonnic, Langage, histoire, une même théorie (Verdier, 2012). On peut lire à cette adresse:
http://www.revue-secousse.fr/Secousse-08/Essais/Sks08-Noiret-Meschonnic.pdf

lundi 29 octobre 2012

Un article de la revue Palimpsestes sur le traduire-écrire-Meschonnic

La revue Palimpsestes publie un numéro sur "traduire la cohérence" avec un article de Jean-Pierre Richard : "L'épreuve du rythme : le "poème" d'Henri Meschonnic fait-il ce qu'il dit?"


Il faudrait discuter dans le détail cet article à la fois pour y apercevoir une attention au "poème de la pensée" de Meschonnic (l'article s'intéresse au "dernier ouvrage publié de son vivant" par HM: Ethique et politique du traduire) mais également pour y sentir je ne sais quelle fourberie quand in fine le critique traducteur de l'anglais conclut sur "une difficulté pour le lecteur" qui relève, si j'ai bien compris, d'une dichotomie entre le fond et la forme que réitère Richard tout en naturalisant le "continu généralisé" qui est un combat et non une technique ou technicité - ce qui semble être le cas pour Richard qui passe allègrement de combat à guerre puis à polémique en faisant l'impasse sur la notion de critique ! Il me semble que la notion de cohérence est ici alléguée pour réduire la force et la portée de la notion de continu. Il faudrait alors lire tout le numéro... Ce n'est pas la cohérence qu'il faut traduire mais le continu... Une petite différence qui permet le saut d'une rhétorique à une poétique...

Je cite seulement la conclusion de JP Richard et on ira ensuite à l'article dans son entier en revenant au livre d'H.M. :
Mais s’il est certain que « le signe casse au poème » (35), que le dualisme ne tient pas devant le continu du sens, l’inverse est exclu, puisque le langage a le continu pour principe même de fonctionnement. À ce niveau on ne saurait parler de cohérence ou d’incohérence : la notion n’est pas pertinente, même si le poème cultive le discontinu. Si incohérence il y a, elle ne peut être que secondaire et locale, comme chez Meschonnic, quand le poème nie explicitement toute action polémique en même temps qu’il mobilise une autre partie de ses forces verbales pour se faire batailleur. Mais quand il affirme le primat du rythme comme avènement du sens, et enclenche aussi la dynamique inverse, celle du discontinu, il n’y aucun danger d’incohérence : jamais le poème ne cassera au signe. Le signe est mort ; le poème joue à la guerre. Telle est sa « stratégie du sens » (C : 20). C’est ce jeu qui gêne la lecture, quand le texte tire à hue et à dia. Les rythmes épisodiques de la guerre des savoirs viennent parasiter le poème meschonnicien du continu, mais il n’y a là ni contradiction, ni incohérence, juste une difficulté pour le lecteur à accepter le point de vue du « continu rythmique » (164) généralisé. C’est elle qui rend peut-être moins convaincantes, alors qu’elles sont irréfutables, les preuves du rythme.
http://palimpsestes.revues.org/441

jeudi 27 septembre 2012

Claude Régy, ou la religion de l'écriture

Claude Régy, ou la religion de l'écriture
On peut pas dire que le titre de l'article d'Odile Quirot dans Le Nouvel Obs soit excellent (il faudrait parler de passion et non de religion, peut-être même plutôt de force) mais on aime bien les propos de Claude Régy qui ne manque pas d'évoquer Henri Meschonnic et le travail avec ses textes.

lundi 24 septembre 2012

Hommage le 29 septembre 2012


Les Parvis poétiques ont 30 ans

samedi 22 septembre 2012 (Date de rédaction antérieure : 24 septembre 2012).
L’événement poétique de la rentrée : les Parvis poétiques fêtent 30 années d’interventions.
Samedi 29 septembre 16h-19h
Hommage à Henri Meschonnic, soutien des Parvis depuis le début, et préfacier de l’anthologie des poètes des Parvis.

mercredi 12 septembre 2012

Le rythme critique d’Henri Meschonnic

Maïté Snauwaert, "Le rythme critique d’Henri Meschonnic", Acta Fabula, Dossier critique : "En rythme", URL : http://www.fabula.org/revue/document7129.php
A l'occasion de la reprise en poche de:

critiquerythme.gif

un important texte dont je donne ici le début (pour la lire la suite, il faut cliquer sur le lien ci-dessus):

Henri Meschonnic a cinquante ans lorsqu’il fait paraître Critique du rythme. Anthropologie historique du langage en 1982. Il a déjà publié chez Gallimard les cinq tomes de Pour la poétique (1970‑1978), Le Signe et le Poème (1975), deux traductions de la Bible : Les Cinq Rouleaux (1970) et Jona et le signifiant errant (1981), et trois recueils de poèmes : Dédicaces proverbes (1972), Dans nos recommencements (1976), Légendaire chaque jour (1979). Critique du rythme paraît en 1982 chez Verdier dans un grand format de 713 pages ; il est réédité en format de poche en 2009 par le même éditeur et dans la même pagination. Cette réédition remet au jour, près de trente ans après sa première publication et peu de temps avant le décès de son auteur (disparu en avril de la même année), le texte considéré comme central de celui‑ci et l’un des textes majeurs de la pensée française d’après le structuralisme.
Ce livre s’inscrit plutôt au début d’une œuvre qui s’étend sur quarante ans, compte plus de cinquante livres, incluant une dizaine de recueils de poèmes. Il s’agit d’une œuvre triple : œuvre de théorie, de poésie et de traduction, qui ne se conçoit pas selon des genres distincts mais comme le chemin, à travers des occurrences chaque fois spécifiques et qui s’interrogent mutuellement, d’une même pratique. « La théorie ne peut être issue que d’une pratique, commençait Pour la poétique. Les propositions tentées ici ne doivent pas se lire indépendamment de l’épreuve où la théorie s’est faite et continue à se faire », à savoir « [t]héorie, lecture, traductions et poèmes » qui « se veulent une seule pratique et théorie de l’écriture, non un art, mais un langage qui tende une pratique du continu vers une pensée du continu1. » C’est là l’historicité de cette œuvre : chaque nouvel opus vient entériner et dire à nouveau ce dont elle est l’épreuve et la démonstration ; chaque livre recommence à neuf ce qui n’a jamais fini de se dire. C’est pourquoi elle se réclame d’une historicité « radicale2 », qui se constitue comme principe premier et fondamental de tout discours, et pourquoi elle vise ultimement à faire se rejoindre les théories du langage et de l’histoire en « une même théorie3 ». C’est ce qui fait aussi son efficace, réalisant ce qu’elle préconise : créer un continu entre la théorie comme activité de recherche et la poésie comme maximalisation du rapport entre le langage et la vie.
Critique du rythme marque un moment de cette pensée. Publié au lendemain de la grande époque structuraliste, il fait la critique de son temps et rassemble avec force et visibilité les enjeux que son auteur s’efforce de démontrer depuis dix ans. Sa particularité est que le rythme y devient un élément central, opérateur de subjectivité et d’historicité, à même de contrer la logique du signe en plaçant, à la suite de Benveniste, le langage au cœur de la définition humaine. Bien qu’il ait été suivi de nombreux autres, l’ouvrage reste peut‑être le parangon de cette aventure intellectuelle originale.

jeudi 6 septembre 2012

Relire Critique du rythme (1982) en 2012

« Relire Critique du rythme (1982) en 2012 », Triages n° 24, Saint-Benoît-du-Sault, éditions Tarabuste, p. 123-128.
Un article de Serge Martin qu'on peut retrouver à cette adresse :
http://martin-ritman-biblio.blogspot.fr/2012/09/relire-critique-du-rythme-en-2012.html

mercredi 5 septembre 2012

Modernité modernité à la télévision


    La postmodernité - Jean-François Lyotard, Luc Ferry - Meschonnic, Maffesoli, Lipovetsky, etc.

  • Video title: La postmodernité - Jean-François Lyotard, Luc Ferry - Meschonnic, Maffesoli, Lipovetsky, etc.
    Description: La post modernité - 09/01/1989 - Michel CAZENAVE anime le débat sur la modernité et la post-modernité entre les nombreux invités : Luc FERRY, philosophe et coauteur de "HEIDEGGER et les Modernes", Jean-François LYOTARD, philosophe et auteur de "la Condition post-moderne" et de "l'Inhumain", Basarab NICOLESCU, physicien, auteur de "Nous, la particule et le monde", Henri MESCHONNIC, linguiste, auteur de "Modernité, modernité", Gilles LIPOVETSKY, sociologue, auteur de "l'Ere du vide" et de "l'Empi

    c'est à cette adresse:

vendredi 17 août 2012

Meschonnic et Saussure

Dans le livre collectif dirigé par Sandrine Bedouret-Larraburu et Gisèle Prignitz, En quoi Saussure peut-il nous aider à penser la littérature (Pau, Presses de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, 2012, 19 euros ) on peut lire deux contributions qui font référence à Henri Meschonnic par le titre :

Jaeryong Cho, "Fondation de la poétique du traduire : de Ferdinand de Saussure à Henri Meschonnic", p. 105-126.

Serge Martin, « Non sa place mais son mouvement. Ferdinand de Saussure – Henri Meschonnic (les années 70) : une anthropologie historique du langage continuée », p. 127-136 (on peut lire ce texte à cette adresse: http://martin-ritman-biblio.blogspot.fr/2012/08/ferdinand-de-saussure-henri-meschonnic.html)




lundi 30 juillet 2012

Henri Meschonnic ou la poétique du rythme

On peut maintenant visionner facilement le film Henri Meschonnic ou la poétique du rythme réalisé par Elodie Lélu, écrit par Maxime Gervais, Elodie Lélu et Thomas Vercruysse, avec la participation de Sophie Comarmond.
C'est à cette adresse :


http://vimeo.com/45792360

mercredi 11 juillet 2012

La manière Meschonnic par Gérard Dessons

Un témoignage de Gérard Dessons sur le site "If Verso, la plate-forme du livre traduit" à propos de Henri Meschonnic enseignant.
C'est à cette adresse:
http://ifverso.com/taxonomy/term/1167

vendredi 8 juin 2012

Toulouse le 8 juin: librairie Ombres Blanches

Le carrefour culturel Arnaud Bernard souhaite vous informer que le 
vendredi 8 juin à 18h00 aura lieu à la librairie toulousaine Ombres 
Blanches  http://www.ombres-blanches.fr/rencontres.html une 
présentation du livre posthume d'Henri Meschonnic: Langage, Histoire, 
Une même théorie. La présentation sera faite par son épouse Régine 
Blaig et Gérard Dessons professeur de langue et de littérature 
française à l'université de Paris VIII.

  Le Carrefour Culturel Arnaud-Bernard vous invite à assister à cette 
rencontre autour d'Henri Meschonnic, qui fut pendant 14 ans, notre 
invité permanent au Forom des langues (Déclaration sur les Devoirs 
envers les langues et le langage - voir blog ci-dessous).

"Toujours annoncé, jamais terminé, pendant plus de trente ans ce 
livre est passé, aux dires mêmes de son auteur, pour un livre 
« infaisable ». Pourtant, en décembre  2008, Henri Meschonnic 
mettait un point final à sa longue entreprise.
Cette étude sur le rapport de l’histoire et du langage montre 
exemplairement que tous les mots sont des phrases, tous les mots sont 
des discours. L’histoire est le devenir collectif de chaque parole.
La question que pose Henri Meschonnic à propos du travail de Sartre 
sur Flaubert : « Qu’est-ce qu’être son propre 
contemporain ? » contient l’enjeu majeur de Langage, histoire, 
une même théorie,puisqu’elle interroge chacun sur le sens de son 
propre statut d’individu dans le rapport à la société.
Car l’histoire est bien autre chose que le temps : elle est le 
social, le rapport signifiant de l’individu à la collectivité. De 
sorte que tout ce qui arrive me situe nécessairement et m’identifie."

En espérant vous retrouver ce vendredi 8 juin, nous vous adressons nos 
amicales salutations.



Carrefour Culturel Arnaud-Bernard
Maison des associations
3, rue Escoussières Arnaud-Bernard
31 000 Toulouse
Tel 05 61 12 11 16
Fax : 05 61 13 68 23
carrefourculturel@arnaud-bernard.net
Sites :
http://www.arnaud-bernard.net/
http://www.declaration-langues-langage.net/
http://www.nationalisation-langues-de-france.net/

samedi 2 juin 2012

Le traducteur comme signifiant errant

Dans le carnet de recherche de Claire Placial, quelques remarques à propos d'un passage de Jona et le signifiant errant:
http://languesdefeu.hypotheses.org/209

jeudi 24 mai 2012

Hommage à Henri Meschonnic le 21 avril 2012 à Paris

On peut entendre l'intégralité de la soirée du 21 avril 2012 au Petit Palais de Paris : "Hommage à Henri Meschonnic" à l'occasion de la parution du numéro de la revue Europe.
A cette adresse:
http://www.franceculture.fr/hommage-a-henri-meschonnic

dimanche 13 mai 2012

jeudi 3 mai 2012

Note sur L'obscur travaille par Jean-Yves Masson dans Le Magazine littéraire


L'obscur travaille, Henri Meschonnic

À l'occasion de la sortie du dernier recueil de poèmes d'Henri Meschonnic disparu en 2009, retour sur l'oeuvre du poète-traducteur.


L’oeuvre désormais close d’Henri Meschonnic, mort le 8 avril 2009, qui aurait eu 80 ans en septembre prochain, se compose de 27 livres d’essais, 7 volumes d’une traduction, hélas ! inachevée, de la Bible, et 17 recueils de poèmes. Il est l’un des théoriciens français les plus importants du XXe siècle dans deux domaines : la théorie de la traduction et la poétique, où il exerça sa redoutable intelligence avec une acuité critique qui lui valut une réputation de polémiste forcené. Réputation excessive, mais pas toujours injustifiée, dont souffrait cet homme aux manières et à la voix très douces, conférencier passionnant, dont les cours à Paris-VIII familiarisèrent des générations d’étudiants avec l’analyse de la poésie. Mais le coeur de cette activité théorique était la pratique constante d’une poésie d’une extrême cohérence, dont le titre du premier recueil, Dédicaces proverbes (éd. Gallimard, 1972), indique bien les deux directions essentielles : le poème de Meschonnic est toujours dédié à quelqu’un, en même temps qu’il efface la personne privée de son auteur au profit de la quête d’une voix universelle. La richesse de cette oeuvre, déjà explorée en 2008 dans un numéro double de la revueFaire part (n° 22-23), est exemplairement étudiée par un passionnant dossier de la revueEurope coordonné par Serge Martin - en poésie, Serge Ritman, qui vient de publierDédicaces poèmes, un ouvrage « écrit non pas sur, mais vers » Henri Meschonnic (éd. Atelier du Grand Tétras). Atteint d’un mal incurable, Meschonnic a écrit ses derniers poèmes confronté à l’énigme de la fin qui approchait, en leur demandant ferveur et lucidité : textes brefs, toujours sans titre (comme dans toute son oeuvre), qui maintiennent intact l’espoir en la Vie, valeur poétique suprême à ses yeux.
Par Jean-Yves Masson
Le Magazine littéraire n° 519, p. 46

mardi 1 mai 2012

Dédicaces poèmes vers Henri Meschonnic

Un nouveau livre de Serge Martin-Ritman "vers Henri Meschonnic". Plus d'informations à cette adresse:
http://martinritman.blogspot.fr/



dimanche 29 avril 2012

Forom des langues 2012

Le Forom des Langues du Monde est né à Toulouse, en 1992, de la volonté du Carrefour Culturel Arnaud-Bernard.
Il est, au Monde, la première Fête des Langues à poser en pratique comme en théorie l'égalité culturelle de fait de toutes les langues du Monde : plus de dialectes, plus de patois, plus de "petites"langues opposées à de "grandes", plus de non-sens linguistiques dictés par le politique. Ruinant ainsi les fondements idéologiques de tous les nationalismes, ethnocentrismes, ou racismes ; et contribuant par là même à construire cette philosophie radicale de la pluralité culturelle qui est, comme l'écrit Félix Castan, "le seul message pouvant être accepté et repris par toutes les cultures du monde".  
Il revient à la littérature occitane d'avoir forgé ce message, dans la clandestinité.
À la France maintenant d'en hisser la bannière, et d'en faire une politique, à l'intérieur comme à l'extérieur de ses frontières : elle ne pourra jamais en trouver de plus grande, de plus généreuse.
Claude Sicre


SAMEDI 26 MAI
- 14h30 : L’évènement Castan
Rencontre-débat autour de l’oeuvre de Félix Castan à l’Ostal d’Occitanie, 11 rue Malcousinat. Renseignements : www.orgetcom.net
- De 17h00 à 25h00 : CAPITADE au Capitole
Partout sur la place, musiques, jeux, danses, savoir-faire, discussions, exposés, gags, acrobaties, massages, initiations, par tous les gens qui le veulent

DIMANCHE 27 MAI
- Toute la journée : Stands présentant plus de 120 langues parlées à Toulouse, animations.
- 12h00 : Inauguration du Forom. Visite des stands avec les élus et les invités.


- 15h00 : Présentation du dernier numéro de la revue 
Europe, consacré à Henri Meschonnic par Philippe Païni avec Régine Blaig.

- 15h45 : Les Forums des Langues du Monde, pour quoi faire ? Exposé-débat avec des organisateurs de Forums des Langues en France et à l’étranger.

Renseignements : 05 61 12 11 16

lundi 23 avril 2012

Poétique du traduire en poche



Poétique du traduire

Henri Meschonnic

608 pages
17 €
ISBN : 978-2-86432-677-9

Résumé
     Ce livre est une théorie d’ensemble de la traduction. Par son point de vue et son ampleur, il n’a pas d’équivalent parmi les ouvrages qui traitent du traduire.
     Il propose une critique, c’est-à-dire une fondation, des principes qui relient l’acte de traduire à la littérature.
     Il commence par l’examen des idées reçues, et l’histoire de la traduction en Europe, continent culturel bâti sur des traductions, à l’inverse d’autres, et bâti sur l’effacement de leurs effacements.
     L’objet est de fonder la nécessité de tenir l’acte de traduire, et ses résultats, par le fonctionnement des œuvres littéraires. D’où une critique de l’étude des traductions comme discipline autonome, qui revient à la remettre à l’herméneutique, aux seules questions de sens, en méconnaissant que le langage fait autant et plus qu’il ne dit.
     La question de la poétique est comment.
     Seule une théorie d’ensemble du langage et de la littérature peut situer la spécificité du traduire.
     Car on ne traduit pas seulement des langues, mais des textes. Si on l’oublie, cet oubli se voit. C’est ce qu’il faut montrer. L’élément déterminant est ici le rythme, et le continu.
     Poétique du traduire prolonge Critique du rythme.
     Une première partie établit la poétique du traduire comme éthique et politique des rapports entre identité et altérité, dans les transformations du traduire. Une seconde partie met des traductions à l’épreuve d’une poétique des textes. La théorie et la pratique sont inséparables.
     Les textes traduits vont du sacré à la poésie, au roman, au théâtre et à la philosophie. Ils passent par l’hébreu biblique, le grec ancien, le chinois classique, l’italien, l’anglais, l’allemand et le russe.


Extraits de presse
     La Tribune internationale des langues vivantes, n° 28, novembre 2000,
     par Jean-Pierre Attal,
     Que l’on vive actuellement un âge d’or de la traduction, cela ne fait aucun doute. Les causes en sont multiples, tout autant politiques, économiques, que scientifiques ou littéraires, et l’AELPL aussi bien que La TILV ont, depuis le début de leur existence, donné à ce domaine du langage la place légitime qui lui revient, en organisant des colloques, en ne publiant la plupart des textes littéraires qu’en édition bilingue, même lorsqu’ils sont originellement écrits en français, en créant des collections spécifiques, en rendant compte, de façon régulière, sous forme d’interviews ou d’articles, des ouvrages qui traitent de la question.
     Une des publications d’Henri Meschonnic, De la langue française, a fait l’objet d’un recensement dans le n’23 de La TILV sous la plume de Frédéric Lamotte. Une critique d’humeur qui s’explique en partie par le fait que F.L. connaît assez mal l’œuvre considérable de Meschonnic et qu’il n’a donc pas replacé l’ouvrage dans son contexte. Avec Poétique du traduire, Meschonnic donne une sorte de récapitulation de tous ses thèmes favoris, ou mieux un exposé quasi complet de sa doctrine, Car il est un des rares, peut-être le seul, des linguistes actuels, à avoir bâti, à partir de l’acte de traduire, un véritable système philosophique. Cette théorie d’ensemble de la traduction s’ouvre aux principes généraux de l’écriture et de la ré-écriture. H. M. sort la traduction de sa condition ancillaire pour lui donner « un rôle unique et méconnu comme révélateur de la pensée du langage et de la littérature » (p. 10), parce que « Traduire met en jeu la représentation du langage tout entière et celle de la littérature. Traduire ne se limite pas à être l’instrument de communication et d’information d’une langue à l’autre, d’une culture à l’autre, traditionnellement considéré comme inférieur à la création originale en littérature. C’est le meilleur poste d’observation sur les stratégies du langage, par l’examen, pour un même texte, des retraductions successives » (p. 14)Dans cette optique, c’est tout un arsenal de termes et de concepts qui est inventé ou ré-inventé. H. M. les dresse en une série de couples contraires dont on pourrait donner un tableau (qui est nôtre) pour en montrer la procession articulée :
                    LANGUE VS DISCOURS
      DISCONTINU                             CONTINU
     HISTORICISME                          HISTORICITÉ
     IDENTITÉ                                    ALTÉRITÉ
     BINARITÉ                                   PLURALITÉ
     EMPIRISME                                EMPIRIQUE
     SÉMIOTIQUE                             SÉMANTIQUE
     SENS                                             SIGNIFIANCE
     ÉNONCÉ                                       ÉNONCIATION
     STYLISTIQUE                             POÉTIQUE
     MÉTRIQUE                                  RYTHMIQUE
     INTERPRÉTATION                    TRADUCTION

     À gauche (ou à sinistre) se classent les termes à sens mauvais, à droite ceux à sens juste qui s’y opposent. C’est donc dans un univers intellectuel spécifiquement aimanté que se meut la pensée de l’auteur. Il faut bien entendre, cependant, que ces termes n’acquièrent cette qualité négative ou positive que dans le contexte précis de l’acte de traduire. C’est dans le rapport à la traduction que s’opposent langue à discours, discontinu à continu, etc., dans ce que H. M. appelle « la poétique du traduire ou du retraduire ». C’est là que « la confusion entre langue et discours est la plus fréquente et la plus désastreuse ». Car traduire ce n’est pas uniquement faire passer ce qui est dit d’une langue dans une autre, c’est aussi participer à une activité du sujet qui, de sujet de l’énonciation et du discontinu de la langue, « peut devenir une subjectivation du continu dans le continu du discours, rythmique et prosodique » (p. 12). La traduction d’un texte littéraire (c’est uniquement de cela qu’il s’agit, bien entendu) doit ainsi faire ce que fait un texte littéraire, par sa prosodie, son rythme, sa signifiance ; ce qui déplace radicalement les préceptes de transparence et de fidélité de la théorie traditionnelle. L’équivalence ne se pose plus de langue à langue, mais de discours à discours, en effaçant l’identité pour faire valoir l’altérité dans son historicité. Réduire la traduction à un pur moyen d’information, c’est du même coup réduire la littérature tout entière à de l’information, une information sur le contenu des livres. Si le traducteur est un passeur, il lui faut prendre bien garde de ne pas être un Charon passeur de morts qui ont perdu la mémoire. Pour la poétique, la traduction n’est par conséquent ni une science ni un art, mais une activité qui met en œuvre une pensée de la littérature, une pensée du langage (p. 16-18). Définir une bonne traduction en termes d’équivalence, de fidélité, de transparence, c’est la penser comme une interprétation. Or l’interprétation est de l’ordre de la langue, du sens, du signe, du discontinu, radicalement différente du texte, du discours qui fait ce qu’il dit, qui est porteur et porté. L’interprétation n’est que portée. La bonne traduction doit faire autant que dire. Elle doit, comme le texte, être porteuse et portée. À la conception fallacieuse qui oppose les sourciers (qui louchent vers la langue de départ, en tâchant de la calquer) aux ciblistes (qui regardent devant eux vers la langue d’arrivée et qui ne pensent qu’à préserver le sens), la poétique répond que l’unité du langage n’est pas le mot et son sens, mais le discours, le système du discours, une sémantique sans sémiotique. L’unité, pour la poétique, est de l’ordre du continu - par le rythme, la prosodie - et non pas du discontinu qui distingue langue de départ et langue d’arrivée, signifiant et signifié, sans s’aviser qu’une pensée fait quelque chose au langage et que c’est ce qu’elle fait qui est à traduire. Il n’y a qu’une source, c’est ce que fait un texte ; il n’y a qu’une cible, faire dans l’autre langue ce qu’il fait (p. 23).
     J’ai été d’autant plus sensible à ces arguments que je les ai moi-même, d’une certaine manière, exposés et défendus à plusieurs reprises depuis plus de trente ans : principalement dans maTraduction et commentaire de Homage to Sextus Propertius d’Ezra Pound (in L’Image « métaphysique », Gallimard, 1969), et, l’année dernière, dans la postface à ma traduction en vers anglais du Cimetière marin de Paul Valéry, L’Art poétique de Paul Valéry ou la traduction sans réduction, (La TILV, éditeur, Collection Traduire, 1999) où, m’appuyant sur les propos mêmes de Valéry qui disait que la poésie implique une décision de changer la fonction du langage et que la composition d’un poème relève plus du faire que du dire, j’ai tenté de rapporter à la traduction ces principes de non réduction du langage aux unités de la langue (signe et sens), pour mieux s’attacher à la signifiance et au rythme, et comme le dit Meschonnic : «… traduire le récitatif, le récit de la signifiance, la sémantique prosodique et rythmique, non le stupide mot à mot que les ciblistes voient comme la recherche poétique [...], parce que le mode de signifier, beaucoup plus que le sens des mots, est dans le rythme [...], c’est pourquoi traduire passe par une écoute du continu » (p. 24-25).
     Il faut donc, à mon avis, saluer la longue recherche de Meschonnic, lui reconnaître non seulement son originalité dans l’effort de théorisation, et par conséquent sa nouveauté, mais aussi l’importance intellectuelle de sa revendication ultime qui donne à la traduction le statut d’une véritable écriture : « Traduire n’est traduire », dit-il, « que quand traduire est un laboratoire d’écriture ». Et il poursuit : « S’il y a une aventure, c’est celle de l’historicité. Le rapport entre écrire et traduire est une parabole, une histoire apparente dont le sens est caché. Il se montre après coup. Écrire ne se fait pas dans la langue, comme si elle était maternelle, donnée, mais vers la langue. Écrire n’est peut-être qu’accéder, en s’inventant, à la langue maternelle. Écrire est, à son tour, maternel, pour la langue. Et traduire n’est cela aussi que si traduire accepte le même risque. Sinon traduire est une opération d’application, de conscience bonne ou mauvaise (l’honnêteté, la fidélité, la transparence)... » (p. 459).
     Traducteur lui-même et poète, il propose dans la seconde partie de son ouvrage une série de confrontations de traductions des Sonnets de Shakespeare, entre autres, (p. 275-307), où il compare et commente les traductions de F.-V. Hugo, Charles-Marie Garnier, Pierre-Jean Jouve, Jean Fuzier, Henri Thomas, Armel Guerne, Jean Rousselot, Jean-François Peyret, Jean Malapate et les siennes propres, des sonnets 27, 30 et 71. On regrette qu’il ait ignoré celles de Maurice Blanchard, poète moderne méconnu, qui aurait trouvé ici une juste place. La traduction par Meschonnic du sonnet 27 est tout à fait réussie, grâce, il me semble, à une résurgence (il le reconnaît lui-même) du rythme scévien. On peut ne pas être toujours d’accord avec ses commentaires et ses jugements de valeur, mais l’ensemble est une bonne illustration de sa théorie.
     Cette seconde partie consacrée à la pratique comprend aussi l’étude d’un récit de Kafka, Eine kleine Frau, Une petite femme (p. 319-342), d’un texte philosophique de Humboldt, Sur la tâche de l’écrivain de l’histoire (p. 343-393) ; de la traduction-mise en scène de La Mouette de Tchékhov d’Antoine Vitez (p. 394-419) et enfin de la traduction du sacré et du rapport au divin (p. 427-458), en particulier du passage de la Genèse sur la tour de Babel qui est, selon H. M., la scène primitive de la théorie du langage, et de la traduction et où il propose ce curieux néologisme embabeler.

     Le Monde, vendredi 4 juin 1999
     par Pierre Lepape
     Fidèle, mais à quoi ?
     Dans la cent vingt-huitième des Lettres persanes, Rica raconte à Usbek la rencontre entre un géomètre follement épris de méthode et de régularité, et un traducteur. « J’ai une grande nouvelle à vous apprendre, dit le traducteur, je viens de donner mon Horace au public. — Comment !, dit le géomètre, il y a deux mille ans qu’il y est. — Vous ne m’entendez pas, reprit l’autre : c’est une traduction de cet ancien auteur que je viens de mettre à jour ; il y a vingt ans que je m’occupe à faire des traductions. — Quoi ! monsieur, dit le géomètre, il y a vingt ans que vous ne pensez pas ? Vous parlez pour les autres, et ils pensent pour vous ? »
     Les traducteurs ne pensent pas, sinon à l’ombre des auteurs qu’ils ont choisi de servir, voilà leur réputation. Eux-mêmes revendiquent, pour la plupart, ce statut subalterne comme une vertu professionnelle. Ils doivent être modestes, ils doivent s’effacer jusqu’à faire oublier que le texte dont ils proposent la version provient d’une autre langue. Leur excellence se confond avec leur transparence. Et la bonne traduction avec le naturel ; entendez : celui de la langue d’arrivée.
     Cette conception, admise comme celle du bon sens et de la saine morale artisanale, fait bouillir de rage Henri Meschonnic. Il faut dire quelques mots d’Henri Meschonnic, en sachant qu’on ne devrait pas avoir à le faire : tous les lecteurs devraient le connaître. Depuis une trentaine d’années, ce professeur de Paris-VIII a développé, à travers ses cours, ses essais théoriques, ses poèmes et ses traductions, une pensée et une pratique de la langue et de la littérature dont l’influence est considérable, tant en France qu’à l’étranger, tant sur les meilleurs écrivains que sur la communauté des chercheurs – en lettres, en histoire, en linguistique et en philosophie. Lorsqu’on fera, dans une vingtaine d’années, le bilan intellectuel de la France dans le dernier quart du siècle, il y a tout à parier que Meschonnic y figurera. Cette certitude a quelque chose de rassurant.
     Mais Henri Meschonnic, il est vrai, ne fait pas grand chose pour se mettre à la portée du grand public. Il préfère, et de loin, faire monter le public jusqu’à lui. Il veut, dit-il, reprenant Victor Hugo, des « lecteurs pensifs »: « Lecteur pressé s’abstenir. Mais s’abstenir aussi de comprendre quoi que soit au langage, dont même le lecteur pressé est composé tout entier. » Comprendre ce qui nous fait vaut bien un petit effort. Ce n’est donc pas forcément pour décourager les bonnes volontés un peu paresseuses que l’auteur précise dans les premières lignes de sa Poétique du traduire : « Ce livre n’a pu être pensé que comme une partie d’un travail d’ensemble, qui va de Pour la poétique 1 à Critique du rythme, à Politique du rythme, politique du sujet 2 et à De la langue française 3. On se tromperait lourdement sur la poétique, et sur ce que c’est que traduire, si on s’imaginait qu’on pourrait lire un livre sur la traduction, tel que je l’ai écrit, séparément des autres, et sans les connaître. » Nous voilà donc invités à un grand voyage, pas à du cabotage. Nous voilà parés pour l’été.
     On se tromperait pourtant à croire que les livres de Meschonnic – et ce dernier en particulier – sont difficiles. Ils essaient de penser notre expérience la plus commune, notre parole dans la multiplicité des langues. Mais ils sont complexes, comme la réalité elle-même, et ils sont écrits : Meschonnic ne se contente pas d’enfiler des énoncés et des démonstrations, des exemples et des conclusions. Sa pensée sur la poétique est elle-même poésie, c’est-à-dire littérature, action sur le langage, expérimentation, stratégie des effets, engagement personnel, histoire : discours.
     Pour comprendre ce que fait le langage, la traduction est un terrain d’expérience privilégié. Mais pour bien traduire, il est indispensable de penser le langage, de quoi il est fait, comment il agit. La pratique et la théorie se répondent, se critiquent et s’enrichissent continûment. Le livre est construit sur cet échange et cette tension. Dans une introduction, très dense, Meschonnic pose les principes de son entreprise. Cela prend volontiers la forme de dogmes qui sonnent comme des évidences. Ainsi de la fameuse comparaison du traducteur comme un passeur ; « Passeur est une métaphore complaisante. Ce qui importe n’est pas de faire passer. Mais dans quel état arrive ce qu’on a transporté de l’autre côté. Dans l’autre langue. Charon est aussi un passeur. Mais il passe des morts. Qui ont perdu la mémoire. C’est ce qui arrive à bien des traducteurs. » Dans les chapitres suivants, Meschonnic soumet ses dogmes, ceux des autres théories et les pratiques de ceux qui prétendent n’avoir point besoin de théorie, au feu de la critique. C’est un joli bûcher : « La poétique est le feu de joie qu’on fait avec la langue de bois. »
     À chacun sa langue de bois. Meschonnic, qui a déjà consacré un livre au Langage Heidegger 4, ne revient que pour mémoire sur le vague théorique de la phénoménologie du langage – type Michel Serres ou George Steiner – où traduire, interpréter et comprendre sont équivalents. Il n’y a plus langue, que des signes et des interprétants. Où est passée la littérature ? C’est la même question qu’il pose aux linguistes structuralistes, beaucoup plus sévèrement. Il est vrai que ces derniers tiennent le haut du pavé, au prix, affirme Meschonnic d’un long contresens sur Saussure. Avec leurs beaux scalpels, couteaux à lexique, tranchoirs morphologiques et ciseaux syntaxiques, les linguistes peuvent pratiquer avec dextérité l’anatomie d’un texte, mais ils n’atteignent que du mort, du descriptif, du sens, des schémas de fonctionnement, de la langue. La vie leur échappe : ce que fait le texte à la langue, ce qu’il y aurait précisément à traduire. Ce que Meschonnic nomme discours, rythme, poésie, oralité : « L’oralité, comme marque caractéristique d’une écriture, réalisée dans sa plénitude seulement par une écriture, c’est l’enjeu de la poétique du traduire. » Ce n’est pas le parlé, c’est le « primat du rythme dans le mode de signifier ». C’est le mode de présence du sujet, historiquement inscrit, dans le texte. « Il en découle clairement que, dans un texte littéraire, c’est l’oralité qui est à traduire. » L’acte littéraire qui est une énonciation, et non un énoncé. Dès lors, la vieille querelle de la traduction entre ceux qui privilégient la langue d’origine et ceux qui donnent tous leurs soins à la langue d’arrivée n’a plus grand sens. Pas plus que les déplorations sur l’intraduisible. Tout peut être traduit, pourvu qu’on s’en donne la pensée et les moyens littéraires, à commencer par la poésie, où il y a moins de risque à confondre littérature et information. À condition d’en finir avec le mythe de Babel et avec la nostalgie d’une langue unique où les différences seraient enfin effacées. Alors que traduire, c’est traduire le différent. L’autre comme autre. Comme le faisait saint Jérôme lorsqu’il retraduisait la Vulgate en hébraïsant fortement le latin.
     C’est pourquoi les bonnes traductions ne meurent pas. Celle des Mille et Une Nuits de Galland, par exemple. Elles vieillissent, comme les textes littéraires eux-mêmes. Pour la bonne raison qu’elles sont des textes littéraires. La traduction d’un poème doit être un poème, chacun en conviendra. Sinon elle n’est rien, ou pis : une désécriture. C’est ainsi, montre Meschonnic preuves à l’appui, que quelques-uns des grands livres du patrimoine universel n’ont jamais été réellement traduits dans notre langue. Nous n’en connaissons qu’un vague squelette, une ombre amputée et déformée, une information sur le contenu. C’est le cas, en France, de la Bible, alors que les Allemands, eux, disposent de Luther, et les Anglais, de la King James Version. Meschonnic explique pourquoi, et comment. La traduction est aussi affaire d’histoire et de politique.
     Mais nous n’en sommes plus aujourd’hui à l’époque où une déviation dans la terminologie pouvait envoyer son auteur au bûcher, comme il advint à Étienne Dolet. Si la philologie mène au pire, comme l’écrivait Ionesco dans La Cantatrice chauve, elle n’est plus mortelle. Les traducteurs n’ont plus besoin de disparaître derrière leurs traductions comme de timides violettes. On aimerait qu’ils les revendiquent hardiment, qu’ils en expliquent la pensée – c’est-à-dire celle du langage et de ce qu’est la littérature. Sûrement autre chose qu’un brin de style ajouté à du sens.
On aimerait aussi que les écrivains traduisent davantage, sans que cela soit une garantie. La liste des belles réussites – de l’Iliade de Pope aux negro-spirituals de Marguerite Yourcenar en passant bien sûr par Baudelaire réinventant Edgar Poe – s’équilibre par autant de magnifiques ratages et de brillants contresens, tels les Kafka de Vialatte. Il y a toujours le risque que l’écrivain-traducteur mange le traduit, qu’il lui impose son souffle et son rythme et le parasite. Mais, à tout prendre, le dommage est moindre d’être trahi par trop de présence que par excès d’absence.
     On peut concevoir un traducteur aveugle, pas un traducteur sourd.
     1. Six volumes publiés chez Gallimard entre 1970 et 1978.
     2. L’un et l’autre chez Verdier, 1982 et 1995.
     3. Hachette, 1997.
     4. Presses Universitaires de France, 1990.


     Libération, 6 mai 1999,
     par Jean-Baptiste Marongiu,
     Le sens du rythme
     Penseur, il dit ce qu’il fait ; praticien, il essaie de faire ce qu’il dit. Poète, traducteur, théoricien du langage Henri Meschonnic n’a pas cessé depuis un quart de siècle de brocarder toutes les métaphysiques de l’indicible et de magnifier, non sans orgueil, les bonnes raisons du faire. Ainsi il faut considérer Poétique du traduire, son dernier livre, comme une pièce d’un travail d’ensemble théorique qui va de Pour la poétique à Critique du rythme, et de Politique du rythme, politique du sujet à De la langue française. La théorie étant toujours seconde chez Meschonnic par rapport à l’expérience, tout cet effort de conceptualisation présuppose, accompagne et alimente une activité permanente de traducteur, notamment Les Cinq Rouleaux de la Bible et une production poétique foisonnante, cinq livres de poèmes. Né en 1932, Henri Meschonnic est professeur de linguistique à l’université de Paris-VIII.
     L’Europe est née de la traduction et par la traduction. D’une certaine manière, histoire de la traduction et histoire de l’Europe sont inséparables. Des grandes civilisations, l’occidentale est la seule dont les livres fondateurs sont des traductions : du grec, pour la science et la philosophie et de l’hébraïque pour la Bible, l’Ancien comme le Nouveau Testament. Assez remarquable est dès lors, selon Henri Meschonnic, la « série d’effacements » qui se trouve au cœur de cette histoire. Une traduction « qui efface » est justement celle qui, dans le transport d’un texte d’une langue à une autre, oblitère complètement le point de départ comme pour mieux en signifier l’annexion définitive, au lieu de se placer sur la ligne mouvante du décentrement. Tout traducteur est, à chaque fois, confronté à cette alternative : « La résistance au décentrement continue l’opposition de saint Augustin à saint Jérôme. Jérôme cherchait une hebraica veritas, Augustin était tourné vers le public récepteur seul ». Parce qu’elle est le plus souvent ethnocentrisme et logique de l’identité, « effacement de l’altérité », la traduction ramène l’autre au même, écrit Henri Meschonnic : laPoétique du traduire se veut une sorte de machine de guerre contre cette réduction. Il n’a donc jamais accès direct au texte. Dans la traduction, c’est du texte qui passe, mais aussi « la grille du traducteur qui s’y incorpore, tout ce qu’il croit qu’on peut ou ne peut pas dire, son sens de l’illisible ou de ce qu’on peut dire dans telle langue mais pas en français ».
     Dans Poétique du traduire, il ne faut pas entendre, poétique au sens d’Aristote, selon Henri Meschonnic : « L’implication réciproque des problèmes de la littérature, des problèmes du langage et des problèmes de la société fait ce que j’appelle, et ce qu’est devenue, pour moi, la poétique, contre l’autonomie de ces problèmes, en termes de disciplines traditionnelles séparées ». Dans le prolongement des préoccupations d’Horkheimer et d’Adorno, cette théorie se veut critique, parce qu’elle ne cesse de mettre à l’épreuve les principes qu’elle avance. Surtout, en se plaçant sous le signe de Wilhem Humboldt, elle débouche sur une anthropologie. Pour Humboldt (comme pour Meschonnic) en effet, le langage n’existe pas, c’est l’homme qui parle. L’unité du langage n’est donc pas le mot, ni la phrase, mais le discours, inscrit dans sa propre « historicité ». La poétique dès lors s’oppose à une saisie du texte comme un ensemble d’éléments discontinus, pour affirmer la primauté insécable du continu, qu’il s’agit de transporter d’une langue à une autre ou, mieux, d’un texte à un autre. C’est alors le rythme qui redevient l’organisation du continu dans le langage. Au sens où, dans le langage, le rythme apparaît comme « l’organisation du mouvement dans la parole, l’organisation d’un discours par un sujet et d’un sujet par son discours. Non plus du son, non plus une forme, mais du sujet. » Enfin, « la poétique est l’essai de penser le continu dans le discours. Elle tente d’atteindre, à travers ce que disent les mots, vers ce qu’ils montrent, vers ce qu’ils montrent mais ne disent pas, vers ce qu’ils font, qui est plus subtil que ce que la pragmatique contemporaine a cru mettre à jour. »
     Pour Henri Meschonnic, « la théorie c’est la pratique ». Ainsi toute la première partie dePoétique du traduire est émaillée de courts exemples de traductions, qui ont une fonction d’illustration et de démonstration. Dans la seconde partie la traduction (et sa discussion) est prépondérante. On y passe en revue Shakespeare et la théâtralité du langage, Kafka et la subjectivation du récit, Tchekhov et l’occultation des sentiments, et, à nouveau, la traduction du texte sacré, par où cet ouvrage avait commencé. Il n’y a pas une seule traduction possible, mais une infinité, pas plus bonnes que mauvaises, alors la poétique peut aider à discriminer la bonne de la mauvaise. L’enjeu est d’importance : « La traduction est cette activité toute de relation qui permet mieux qu’aucune autre, puisque son lieu n’est pas un terme mais la relation même, de reconnaître une altérité dans une identité. »

     La Quinzaine littéraire, 1er mai 1999
     par Jean-Claude Chevalier
     Une parole de vérité
     Depuis Cluny I (1968) et Cluny II (1970), colloques de rupture célèbres à l’époque, où Henri Meschonnic saisit pour la première fois un public, l’itinéraire de ce météorite a suivi une route singulière par sa rectitude. À Cluny II, il se présentait en linguiste pour ébaucher une Poétique qu’il désignait alors comme pratique matérialiste de l’écriture. Il disait sa familiarité avec l’immense Hugo et l’Ancien Testament et accablait de critiques sarcastiques les parleurs et glossateurs du domaine. Puis il condensait sa démarche poético-critique en un petit livre-manifeste paru dans les Cahiers du Chemin de Georges Lambrichs : Pour la poétique (Gallimard, 1970). Depuis lors, dans son séminaire de l’Université de Vincennes, dans ses écrits, il a approfondi sa familiarité avec la Poétique en poète, en critique et en traducteur, trois domaines inséparables joints dans l’élaboration d’une même écriture flamboyante. Et ce Poétique du traduire, qui montre la place fondatrice de la Traduction dans sa Poétique, apparaît comme la Somme de trente ans de réflexion et d’une vingtaine de publications.
     D’emblée, Henri Meschonnic, c’est d’abord une parole-écriture, une parole de vérité : tranchante, soudure de phrases nominales, de phrases découpées en leur milieu, définitive et qui s’enfle tout à coup quand la vision devient forte, se charge de concepts, d’abstractions, de syntagmes-évocations, touchant au lyrisme de Hugo, du pâtre-promontoire-au-chapeau-de-nuées. Cette écriture, dans sa tension, s’est maintenue telle jusqu’à aujourd’hui, atteignant une sorte de perfection dans cettePoétique du traduire, comme elle se ressourçait dans le texte d’inspiration majeure pour le Meschonnic traducteur : le Livre, la Bible. Avec d’incessantes trouvailles formulaires, comme : « Une grande traduction est une contradiction tenue » en face de : « Cette conception manque de style, et manque le style. » Bien d’autres.
     C’est par l’écriture qu’Henri Meschonnic prend son lecteur, une écriture qui est création ou plutôt re-création, car tout grand texte est réécriture. De façon privilégiée quand il s’agit de traduire la Bible : parole du peuple juif, parole des prophètes, parole des traducteurs qui s’étagent innombrables, comme à Babel, parole d’Henri Meschonnic, dernier d’entre eux qui les reprend dans un travail de rythme et de poétique ; chez lui, l’écriture est pleinement discours : « Le discours, organisation subjective et historicité, est ce qui permet de tenir en tension le sens et la valeur, les moyens et la visée, l’écriture et la traduction. »
     Travail critique, du même chef, qui se double de polémique (terme qu’endossait Henri Meschonnic dans la jaquette de Pour la poétique I). Censure incessante qui lui a valu une sorte de célébrité, a entraîné aussi une certaine mise à l’écart ; et pourtant dans le système H. M., une hygiène nécessaire : l’écrivain ne définit sa singularité que dans un mouvement collectif. C’est en passant au tamis des traductions célèbres : celles de P. J. Jouve (Shakespeare), E. Triolet (Tchekhov), J. Risset (Dante) que le traducteur crée la situation de son discours dans le monde contemporain, on dirait mieux avec lui sa « contiguïté ». S’il est un modèle invoqué, c’est Benveniste – et, en cela, Meschonnic reste fidèle à sa formation de linguiste – qui, dès 1935, différenciait la « langue » (structures abstraites) et le « discours » (création par un sujet d’ensembles signifiants situés) ; opposition qu’on distinguera du couple « langue » – « parole » de Saussure.
     En somme, l’interprétation est le lieu actif d’une synthèse qui refuse la séparation de la forme et du sens marquée dans l’idéologie idéaliste du signe (signifiant-signifié), qui, pour la Bible, englobe une analyse rigoureuse, philologique, de la valeur des termes en hébreu pour construire un sens historicisé, qui garde intact le jeu sur les mots (jusque et y compris le calembour ou la paronomase), qui, par le rythme, cherche l’équivalence du caractère oral du texte biblique (« le rythme fait sens »), l’équivalence des accents du texte (au besoin par des « blancs », comme il l’avait proposé très tôt dans la traduction de Jona). Impossible jeu de distorsions, de « décentrements » qui fait la grandeur du métier de traducteur au XXe siècle et dont le succès est la « continuité ». Qui implique non « une science le la traduction », mais « une poétique du traduire ».
     En bref, un ensemble que Meschonnic dit « théorie », c’est-à-dire système d’interprétations d’une pratique (Titre de la Première partie : « La Pratique, c’est la Théorie »). On peut juger sur pièces, accepter ou refuser, crier à l’irrecevable, discuter les notes philologiques et historiques (pour la Bible), les notes philosophiques et historiques (pour Humboldt, par exemple). La pratique est là, massive.
     Le Poétique du traduire, disais-je, est une Somme. C’est aussi une histoire de la Traduction qui intervient par allusions ou par paquets, histoire critique, elle aussi, qui fait partie de la théorisation. Cicéron autant que les premiers traducteurs de la Bible, saint Jérôme et les Septante, et puis les traductions multipliées à partir de l’invention de l’imprimerie et des éclats de la réforme : Dolet et Luther, Silvestre de Saci et les versions postridentines et enfin les publications incessantes depuis quelques dizaines d’années. « Le traduire change. On ne peut pas l’empêcher de changer ». L’œil aigu de Meschonnic dissèque les tentatives, dénonce les va-et-vient vicieux entre la traduction par les sens et les pièges de la littéralisation (avec une évidente indulgence pour la pente philologique). Au centre du bûcher, cette grande naïveté de l’idéalisme moderne : la croyance en un sens profond unique et fixé dont les diverses traductions seraient des approximations honteuses. Il n’y a pas de sens unique, seulement « le rythme héraclitéen des mouvements du sujet du langage » ; ou, comme disait un mot d’Apollinaire, plusieurs fois repris, des « prosodies personnelles ».
     La Bible est donc le texte de prédilection. Mais, dans une deuxième partie intitulée « La Théorie, c’est la Pratique », Henri Meschonnic pose le comment traduire différents textes, prose ou vers. En traducteur moderne qui est aussi écrivain moderne. Car c’est la littérature moderne qui nous a appris que le texte est mouvement, qui nous a appris ce « bougé », de R. Roussel à l’Oulipo, ce jeu de vases communicants : « C’est ce qui déborde ses propres traductions, sans cesse, qui peut se dire un texte » ; et encore : « En grattant la traduction, ce n’est pas tant le texte, l’original qu’on découvre que ce qui échappe communément au traducteur : sa théorie du texte et du langage. »
     La traduction aventure personnelle : ce n’est pas le moins fascinant, que chacun de ces laboratoires de traduction soit un jalon dans l’aventure intellectuelle d’Henri Meschonnic : G. de Humboldt, père de sa pensée, fascinée par l’interprétation créatrice du langage qui opposait l’energeia à l’ergon, Kafka, qui bouleversa sa génération sous le déguisement terrorisant d’A. Vialatte, les sonnets de Shakespeare (face à Hamlet), qui défient le traducteur par le jeu du pentamètre iambique et de la paronomase (fallait-il trouver des « équivalences » dans Jodelle ou Scève ?), l’impossible du traducteur enfin, le parler quotidien de Tchekhov : l’étude est ici un hommage fervent à Antoine Vitez qui avait lu en public les traductions bibliques d’H. M. dans le temps où il traduisait lui-même La Mouette, translation qui construisait la représentation même dans un souci aigu de la littéralité du texte. Occasion pour H. M. d’écraser le travail de falsification de Marguerite Duras qui corrigeait impudemment les dialogues de Tchekhov, trop « logorrhée », à son sens ; symptôme d’une perversion constante aujourd’hui qui aplatit la culture pour n’en faire qu’une guignolade ressemblant platement à nos tristes figures. Claudel enfin, le traducteur « psalmiste », qui s’assimile rythme du corps et rythme du texte, ce qu’il appelle « l’entre-écrire, l’entre-traduire », qui devient enragé de ces textes des Psaumes qui le prennent aux reins : « Il y a quelqu’un qui m’a enfoncé les doigts aussi loin qu’il peut dans la bouche et je vomis. »
     Et, pour finir, pour donner le ton et situer l’entreprise, la traduction de Babel, texte capital puisqu’il dit le moment où la pensée humaine, par la malédiction de Iaveh, se fait langage, c’est-à-dire distinction et dispersion, Henri Meschonnic signifie cette naissance par le rythme et les marques des formes (ainsi les « blancs ») :
     « 6. Et Adonaï      dit si le peuple est un      et la langue une       pour eux tous et cela      ce qu’ils commencent à faire.
     Et maintenant      ne pourra être retranché d’eux      rien de ce qu’ils méditeront       de faire.
     7. Alors descendons      et là embabelons      leur langue
     Qu’ils     n’entendent      pas     l’un     la      langue     de l’autre
     8. Et Adonaï les dispersa      de là      sur la surface de toute la terre. »
     Livre exigeant, abrupt et débordant d’intelligence, exceptionnel assurément. On progresse durement, mais, de là-haut, la vue est magnifique. En reprenant Bohumil Hrabal, on dit : un itinéraire pour alpinistes de la pensée.

Source: http://www.editions-verdier.fr/v3/oeuvre-poetiquetraduire.html